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Pourquoi écrire à des détenus ?

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TEXTE DU MOIS DE MARS 2005

 

Un détenu nous parle de l'importance du courrier

 

Témoignage paru dans le bulletin interne du Courrier de Bovet de décembre 1998

 

Avec les années la famille et les amis se désintéressent de nous

Au cours des premières années d'incarcération, la famille et les amis manifestent souvent un soutien moral mais il arrive qu'après le jugement, surtout aux Assises, on remarque un désintérêt de leur part. Peut-être n'ont-ils pas compris pourquoi on est est arrivé là, ou la peine est-elle trop lourde pour eux ? Ils doivent se dire qu'ils ne vont pas passer le quart de leur vie à écrire à quelqu'un qui ne le mérite pas.
Cela se fait peu à peu. Les lettres s'espacent puis c'est l'arrêt total !

 
Etre à nouveau considéré comme un être humain
Comment garder un bon moral sans télévision, ni journaux, ni courrier de l'extérieur? C'est le problème des longues peines et beaucoup d'entre nous se trouvent dans cette situation.
Ne plus recevoir de courrier peut être dramatique pour certaines personnes. En effet toutes les nouvelles qui viennent de l'autre côté du mur sont comme une bouffée d'air pur, un moment d'évasion. Savoir que quelqu'un, quelque part, s'intéresse à vous est primordial pour un détenu. C'est, pour lui, faire l'expérience d'être à nouveau considéré comme un être humain.
 
Sans correspondant, je n'aurais aucun courrier

Il y a quelques temps j'ai reçu ce témoignage d'un codétenu qui me disait textuellement: "Ma famille ne m'écrit plus depuis six mois. Je peux crever en tôle, ils s'en foutent. Heureusement que j'ai un correspondant, sans quoi je n'aurais aucun courrier". Bien sûr je lui ai demandé de qui il s'agissait. C'est d 'un air ravi qu'il m'a révélé l'existence du Courrier de Bovet. "Nous parlons de choses et d'autre, nous avons même des correspondance à bâtons rompus sur le sport", m'a-t-il dit. C'est ainsi que j'ai découvert l'association: de bouche à oreille. Beaucoup de choses se passent ainsi en prison. C'est une action nécessaire qui relève pour moi de la solidarité.